- Le Bien-Public : Depuis votre élection en 2001, avez-vous perçu cette radicalisation de la violence à Dijon ?
- François Rebsamen : « Non. Mais la société étant plus violente, les actes de délinquance, même s'il y en a moins, sont plus violents. Avant, on volait, maintenant, on agresse en plus, physiquement. Le problème, c'est comment peut-on répondre à ça. »

- Le Bien-Public : Quelles sont alors les solutions à court et à long termes ?
- François Rebsamen : « D'abord, il faut sortir une fois pour toutes de la politisation stupide droite-gauche sur ce sujet. Ce n'est pas d'aujourd'hui, cela fait plusieurs années que je le dis. Et il faut partir du constat qu'on a des poudrières dans un certain nombre de quartiers, pour des tas de facteurs, comme le manque d'éducation, le manque d'autorité parentale, le manque de formation, l'absence d'autorité, etc. Il faut rétablir une République du respect. Ce mot doit être porté en haut très fort. Le respect, c'est dans les deux sens. À partir de là, il faut agir sur quatre volets, indissociables les uns des autres. Il n'y a pas d'un côté les laxistes qui veulent de la prévention et d'un autre côté les sécuritaires.

Un : il faut de la prévention; c'est ce que notre société ne fait plus. C'est l'éducation, c'est la formation des parents. Et ça, ça suppose des moyens nouveaux dans les quartiers. Il faut un instituteur pour huit ou dix enfants, dès la maternelle. Il faut se donner un objectif, il faut amener toute cette tranche d'âge, 80 %, comme les autres, au niveau du bac. Et il faut les suivre.

Deux : la dissuasion. ça peut être la police de proximité, qu'on a eu tort de supprimer. Pourquoi ? Parce qu'elle crée des liens et elle donne une autre image de la police nationale. Qui est un service public, il faut le rappeler. En la cantonnant dans une police d'ordre ou de sanction, on nuit à son image et à sa relation avec la population. ça peut être aussi la police municipale, la police nationale, des caméras, des sociétés privées... C'est une présence qui empêche le passage à l'acte.

Trois : la sanction. Il faut arrêter le flux d'enfants qui sortent de l'école à 16 ans sans aucune formation et sans aucun respect, sans aucune règle éducative. Et en même temps, il faut traiter le stock de ces jeunes sortis de l'éducation, avec des sanctions adaptées évidemment. Il n'y a pas un acte de délinquance qui ne doit pas avoir une sanction en face. Ca peut aller de la réparation due aux victimes - une peine d'intérêt général - jusqu'à la prison.

Le problème, c'est comment traiter ces quelques dizaines de milliers de jeunes, en France, qui n'ont rien. Et qui sont ceux qui, potentiellement, en danger pour eux-mêmes et pour les autres. Moi, je suis pour qu'on crée des centres de redressement éducatif. Et il faut -­ ça ne me gêne pas de le dire ­­- écarter ces jeunes de la société, pendant un an ou deux, pour leur apprendre les règles de la vie en société. Et en les formant. Ce n'est pas la prison qui va leur apprendre ça. Je pense qu'il faut revoir le dispositif.

Quatre : la réparation due aux victimes. Parce qu'on l'oublie trop souvent. Et là, la police a un vrai devoir. Elle doit prévenir les personnes qui ont été victimes d'actes de violence, de délinquance, de l'arrestation des auteurs. Parce que ce n'est pas forcément le cas aujourd'hui. Il y a tout un travail d'accompagnement des victimes à effectuer. Parce qu'après, la victime, elle est dans le quartier, terrorisée et inquiétée parce qu'elle ne sait pas ce qu'il est advenu de son agresseur. Et ça génère un sentiment profond d'inquiétude, d'insécurité dans ces quartiers. C'est un volet qu'il ne faut pas oublier. »

- Le Bien-Public : Ce constat est-il un constat d'échec de la politique menée par la droite depuis qu'elle est au pouvoir ? - François Rebsamen : « Le constat qu'on peut faire aujourd?hui : la police nationale, lorsqu'elle intervient aujourd'hui dans les quartiers avec les moyens dont elle dispose. Les policiers font un travail formidable mais ils manquent de moyens modernes. Il faudra donc relancer un plan de modernisation de la police nationale, comme l'avait fait Pierre Joxe à son époque. Le matériel s'use, il n'est pas renouvelé, ils n'ont pas les moyens.
Autre constat, l'image de la police nationale : son image est écornée. Si elle n'est perçue que comme une police d'intervention, d'ordre et de répression, elle ne sera pas perçue comme un service public. Il y a donc tout un travail de formation qui ne se fait plus sur les policiers. Il faut reprendre les cycles de formations dans les écoles de police. Il faut que les gardiens de la paix, lorsqu'ils sortent, soient formés, respectueux, adaptés à leur environnement, etc. »


- Le Bien-Public : Toutes ces idées que vous avancez, doivent-elles intégrer le « Grenelle de la sécurité publique » demandé par nombre de maires ?
- François rebsamen : « Je suis opposé à cette idée d'un Grenelle de la sécurité publique. Non pas à l'idée qu'on travaille de concert mais le produit aujourd'hui de notre société, c'est quand même une responsabilité de la politique de Nicolas Sarkozy à l'échec depuis 2002. Voilà quelqu'un qui devait ramener l'ordre, la tolérance zéro, l'autorité, le respect... Or, toutes ces valeurs-là, elles sont bafouées. Il faut dire que pour que ça marche, il faut que l'exemple vienne de haut.

Une République du respect, c'est d'abord des élites exemplaires. Or, elles ne le sont pas. Il faut aujourd'hui, demain, tous ceux qui considèrent que c'est un problème majeur de notre société se mettent autour d'une table pour discuter. Alors du Grenelle, ils ont donné tellement peu de choses que c'est un mot que je ne veux pas employer. Qu'il y ait une conférence nationale sur la sécurité, oui. Mais encore faudrait-il qu'on soit d'accord et les uns et les autres sur les constats. Je pense qu'il faut dépasser demain - je pense qu'il y aura une alternance en 2012 - le clivage avec d'un côté une gauche laxiste et d'un autre une droite sécuritaire. C'est un problème où et la prévention et la sanction vont de pair. Et quand il n'y a qu'un bout de la chaîne, ça ne marche pas. »
Extrait du Bien-Public du 21/07/2010

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